Le Syndrome de Prader-Willi
Le traitement, la prise en charge, la prévention
Existe-t-il un traitement pour cette pathologie ?
Il n'existe pas de traitement qui guérisse complètement les manifestations de ce syndrome car il est d'origine génétique. Cependant la prise en charge multidisciplinaire améliore l'évolution de la maladie et diminue les complications.
La prise en charge du SPW doit être mise en place dès que le diagnostic est confirmé et fait intervenir une équipe médicale pluridisciplinaire
Hypotonie
A la naissance, l'hypotonie entraîne une hospitalisation dans 90% des cas, car l'importance des troubles peut rendre toute alimentation impossible. Il est souvent nécessaire d'avoir recours à un petit tube introduit par le nez ou la bouche jusqu'à l'estomac pour l'alimentation durant les premiers mois de vie (gavage gastrique). L'utilisation de tout autre moyen pour maintenir au maximum une alimentation par la bouche est fortement conseillée : tétines usagées à trous larges ou biberons adaptés (biberons–cuillères) par exemple.
Poids et troubles du comportement alimentaire
Un régime alimentaire adapté est indispensable dès la naissance : au début il permettra d'éviter les carences liées aux problèmes d'alimentation. Par la suite, il permettra de limiter l'apport calorique pour éviter une obésité et devra être maintenu tout au long de la vie. Les enfants qui suivent un régime adapté et ont des activités physiques maintiennent généralement un poids raisonnable.
A ce jour, aucun traitement n'a montré d'efficacité chez les patients présentant un syndrome de Prader-Willi.
Retard de croissance
Un traitement par l'hormone de croissance, et notamment par Génotonorm® (somatropine recombinante), permet d'accélérer la vitesse de croissance, de diminuer la masse graisseuse, d'augmenter la densité osseuse et d'augmenter la dépense énergétique du corps. L'hormone de croissance s'administre par des injections sous la peau (sous cutanées) et sa dose est déterminée par l'endocrinologue ou le pédiatre en fonction du poids de l'enfant. Ce traitement permet également d'améliorer l'agilité et l'activité physique et de rendre l'enfant plus actif.
Actuellement il n'y a pas d'autorisation de mise sur le marché (AMM) chez l'adulte
Retard pubertaire
Un bilan dans un service d'endocrinologie est indispensable afin d'envisager des traitements hormonaux de substitution. A la puberté, ce traitement permet un développement pubertaire complet. Le traitement par la testostérone est réalisé par voie intramusculaire chez le garçon toutes les trois semaines. Chez la fille, le traitement associe oestrogènes naturels et progestatifs.
L'apport de ces hormones peut être maintenu jusqu'à l'âge normal de la ménopause chez la femme (plus tard chez l'homme) et permet de préserver des complications graves que sont la diminution de la densité osseuse (ostéoporose) et les problèmes cardiaques.
Autres manifestations
Chez le garçon, si les testicules sont restés en position abdominale, une chirurgie dite d'abaissement testiculaire permettra de les redescendre dans les bourses. Cette intervention doit se faire si possible avant l'âge de 2 ans.
Les lésions de grattage doivent toujours être surveillées car des risques de surinfection sont possibles. Parfois elles nécessitent des soins dermatologiques adaptés voire des autogreffes de peau.
Quels sont les risques du traitement ?
Le traitement par hormone de croissance entraine une augmentation de la vitesse de croissance ; il faut donc d'autant plus surveiller le dos à la recherche d'une scoliose qui peut se majorer. La surveillance orthopédique doit donc être plus fréquente. Ce traitement doit être bien surveillé car il peut favoriser l'augmentation du taux de sucre dans le sang et augmenter le risque de diabète. Le bilan glucidique doit donc être particulièrement surveillé.
L'administration conjointe de testostérone et de médicaments anticoagulants doit être fortement surveillée si elle est indispensable, la testostérone ayant tendance à augmenter l'effet anticoagulant de ce dernier, entraînant dès lors un risque hémorragique.
Quelles sont les autres modalités de traitement de cette maladie ?
Le problème de comportement alimentaire est dû à un dysfonctionnement de l'hypothalamus. Il est donc difficilement contrôlable par les enfants qui sont en quête de nourriture en permanence. L'entourage doit être vigilant et exercer un contrôle permanent sur leur alimentation et sur l'accès à la nourriture pour éviter le développement d'une obésité. Cette surveillance vis-à-vis de la nourriture est généralement indispensable, même à l'âge adulte.
Un soutien psychologique est-il souhaitable ?
Les enfants atteints de SPW sont confrontés à de nombreuses frustrations et éprouvent une grande culpabilité quand ils n'arrivent pas à contrôler leur comportement alimentaire et leurs accès de colère. Un soutien psychologique leur permettant d'extérioriser leurs sentiments et à verbaliser leurs émotions peut leur procurer un soulagement. Un soutien psychologique est également nécessaire pour l'entourage des enfants atteints de SPW. Le contrôle alimentaire indispensable et permanent est souvent source de conflit et favorise les accès de colère qui sont parfois difficiles à gérer du point de vue psychologique par l'entourage.
Comment faire suivre son enfant ?
De l'enfance à l'âge adulte, un environnement familial et médical attentif aux éventuelles difficultés et apportant le soutien nécessaire permet un développement optimal. Le suivi dépend de l'âge mais reste toujours pluridisciplinaire. Dans l'enfance, une équipe composée du pédiatre endocrinologue, du généticien, du kinésithérapeute, d'un orthophoniste, d'un psychologue ou d'un pédopsychiatre et d'un diététicien est nécessaire pour une prise en charge optimale. Chez l'adulte l'équipe multidisciplinaire sera composée du médecin traitant, d'un endocrinologue, d'un psychiatre, d'un kinésithérapeute, d'un psychologue, d'un diététicien et autres intervenants selon l'évolution.
Poids et troubles du comportement alimentaire
Une modification du comportement alimentaire de toute la famille est souvent conseillée afin de faciliter le suivi du régime par l'enfant atteint du SPW. Le contrôle de l'alimentation nécessite parfois de rendre inaccessible l'accès à la nourriture. Une éducation alimentaire précoce est nécessaire : éviter autant que possible voire éliminer complètement les sucreries, les aliments gras et hypercaloriques. L'eau doit être la seule boisson de la soif. Ces restrictions n'entravent en rien la qualité de l'alimentation à donner. Favoriser la dépense énergétique par la pratique de sport et une activité régulière est également nécessaire. Ces mesures sont à poursuivre toute la vie et représentent le point capital de la prise en charge.
Hypotonie
L'hypotonie est améliorée par une stimulation adaptée et notamment, grâce à des séances de kinésithérapie ou de psychomotricité plusieurs fois par semaine. Un appareillage, et plus particulièrement un siège moulé, peut être proposé si l'importance de l'hypotonie le justifie.
Développement et comportement
Un bilan orthophonique est souhaitable et la prise en charge doit être assurée avant même l'apparition du langage pour augmenter le tonus des muscles de la face et du palais. La rééducation orthophonique permettra de corriger les troubles du langage, d'améliorer l'articulation et de réduire les troubles de la déglutition, de la mastication et de l'apprentissage. La mise en place précoce de méthodes d'aide à l'apprentissage améliore les capacités globales et les acquisitions des enfants.
Les troubles du comportement (colère, agressivité voire des troubles plus graves) sont difficiles à contrôler. Parfois des traitements antidépresseurs sont prescrits mais les effets ne sont pas toujours satisfaisants. Les inhibiteurs de la recapture de la sérotonine (famille de médicaments utilisés dans d'autres maladies comme la dépression) peuvent être utiles.
Autres manifestations
Les déformations de la colonne vertébrale (cyphose et scoliose) sont prises en charge par un orthopédiste ; des séances de kinésithérapie peuvent être prescrites ainsi que le port d'un corset. Cependant, l'importance de l'obésité ou l'aggravation de la scoliose peut rendre difficile voir impossible cette prise en charge standard et le recours à la chirurgie peut s'avérer nécessaire.
Le port de bas de contention ou la réalisation de drainage lymphatique est utile en présence d'une accumulation anormale de lymphe (lymph½dème).
Un suivi régulier par un ophtalmologue est nécessaire pour la recherche de problème oculaire tel qu'une myopie ou un strabisme.